Par ELECTCAM | Février 2026

Le Cameroun est confronté à un paradoxe : des ambitions infrastructurelles colossales et un secteur de la construction en croissance de 5,7 % par an, mais une pénurie critique d’ingénieurs capables de mener à bien des projets complexes intégrant les technologies. Le décalage entre la formation académique et les besoins de l’industrie nuit depuis longtemps au secteur, mais 2025 et 2026 sont marquées par des efforts sans précédent pour transformer la formation en génie civil, passant d’exercices théoriques à une formation pratique et opérationnelle.

Le déficit de compétences : quelques chiffres

L’École nationale supérieure des travaux publics (ENSP), principal établissement de génie civil du Cameroun, a formé 236 diplômés en 2021 dans les domaines du génie civil, du génie de l’environnement, de la topographie, de l’urbanisme et de l’architecture. Pourtant, les acteurs du secteur constatent régulièrement que les diplômés manquent d’expérience pratique avec les équipements modernes, les technologies de construction et la gestion intégrée des systèmes.

Le constat de la Banque mondiale reste alarmant : le Cameroun ne compte que 5 % d’étudiants en génie, contre 26 % en commerce et 24 % en droit, un chiffre bien inférieur aux besoins d’une économie à revenu intermédiaire d’ici 2035. Pire encore, de nombreux diplômés se détournent des emplois dans le secteur des infrastructures en zone rurale, là où ELECTCAM et d’autres entreprises de travaux publics sont les plus actives.

Le partenariat Chine-Cameroun : Formation sur le terrain

L’avancée la plus significative a eu lieu en janvier 2026, lorsque le ministère camerounais de l’Enseignement supérieur a signé un partenariat-cadre avec China First Highway Engineering Co., Ltd. (CFHEC). Il ne s’agit pas d’un enseignement traditionnel en salle de classe, mais d’une refonte complète de la formation des ingénieurs civils.

Dans le cadre du Programme de certification professionnelle MINESUP-CFHEC, les étudiants associent études théoriques et certification professionnelle obtenue sur des chantiers en activité. Les projets du CFHEC à travers le Cameroun deviennent de véritables « plateformes de formation ouvertes » où les étudiants travaillent aux côtés de maîtres artisans, acquérant des compétences pratiques en temps réel : coulage de béton en conditions tropicales, maintenance des équipements, planification de projet et contrôle qualité.

« Cet accord contribuera de manière significative au développement des compétences pratiques et au renforcement de la main-d’œuvre nationale », a déclaré le ministre Jacques Fame Ndongo lors de la cérémonie de signature. Pour ELECTCAM, ce modèle confirme une pratique que nous mettons en œuvre depuis longtemps : les chantiers comme des salles de classe, et non de simples lieux de travail.

Investissement à forte intensité d’emploi de l’OIT : Développer les compétences tout en construisant des routes

Parallèlement au partenariat chinois, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a intégré le développement des compétences à la réalisation même des infrastructures. Grâce à des approches d’investissement à forte intensité d’emploi (IEE), l’OIT a formé 138 travailleurs aux travaux publics tout en réhabilitant 4 km de routes rurales dans l’Extrême-Nord, créant ainsi 15 714 journées de travail.

Cette approche d’« apprentissage par la pratique » cible les jeunes chômeurs de 18 à 35 ans, notamment dans les régions touchées par l’instabilité liée à Boko Haram. Les travailleurs sont rémunérés tout en acquérant une maîtrise des techniques de construction manuelles, des compétences immédiatement transférables à l’emploi dans le secteur privé. L’OIT a depuis étendu ce modèle aux infrastructures urbaines et développe actuellement des programmes avec le ministère des Travaux publics du Cameroun pour la construction du périphérique nord-ouest.

Réforme de l’EFTP : Remédier à la crise des équipements

Les établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP) du Cameroun sont confrontés à une contrainte majeure : un manque ou une obsolescence des équipements pour la formation pratique. Les étudiants apprennent la théorie du béton sans jamais toucher aux bétonnières, étudient les circuits électriques sans manipuler les tableaux électriques et obtiennent leur diplôme sans être capables d’utiliser les machines qu’ils rencontreront sur les chantiers.

La réponse du gouvernement comprend des partenariats entre les établissements d’EFTP et les entreprises privées pour les stages et les apprentissages. Cependant, comme le souligne l’OIT, « l’absence de cadre réglementaire et incitatif pour l’embauche de stagiaires limite la contribution des entreprises au développement des compétences ». ELECTCAM a comblé cette lacune en interne, en assurant une formation continue sur le terrain pour tous ses techniciens, indépendamment de leurs qualifications.

L’approche ELECTCAM : Au-delà de la certification

Tandis que les réformes nationales progressent, ELECTCAM investit directement dans le développement de ses compétences. Nos plus de 150 techniciens certifiés comprennent des électriciens agréés ARSEL, des spécialistes en CVC, des ingénieurs en systèmes de sécurité et des équipes de construction ; nombre d’entre eux ont été formés grâce à des programmes internes intensifs.