Par ELECTCAM | Février 2026

Le paysage de la construction et des infrastructures au Cameroun connaît sa transformation la plus importante depuis des décennies. Avec le budget gouvernemental 2026 allouant 92 % des dépenses de travaux publics à la construction et à l’entretien des routes, et l’annonce par le président Biya d’un programme spécial de réhabilitation routière ciblant les axes les plus dégradés du pays, le message est clair : les infrastructures sont désormais la priorité nationale numéro un.

Pour les entreprises, les promoteurs et les propriétaires fonciers, ces changements représentent à la fois des opportunités sans précédent et une complexité accrue. Comprendre le contexte politique n’est plus une option, mais une nécessité pour quiconque envisage des projets de construction ou d’investissements majeurs dans les infrastructures à partir de 2026.

La crise routière : une urgence nationale

Les statistiques sont alarmantes. En décembre 2024, 75 % des 121 873 km du réseau routier camerounais étaient classés en mauvais ou très mauvais état. Le corridor Yaoundé-Douala, axe économique crucial du pays, nécessite désormais entre cinq et six heures pour parcourir 230 kilomètres. Le Fonds routier estime à 1 100 milliards de francs CFA le coût annuel du seul entretien, or seulement 100 milliards de francs CFA ont été alloués en 2025, couvrant moins de 10 % des besoins identifiés.

Ce déficit de financement a incité le président Biya à ordonner une réorganisation complète du Fonds routier afin de renforcer sa capacité de mobilisation des ressources. Pour les entreprises de construction et les entrepreneurs en infrastructures, cela signifie un tournant vers les partenariats public-privé et les financements internationaux. Lors de sa visite à Pékin en septembre 2024, Biya a explicitement appelé à un accroissement des investissements chinois dans les infrastructures routières. L’Union européenne s’est déjà engagée à investir 59,2 milliards de francs CFA sur trois ans dans le développement des secteurs de l’énergie, des routes et du rail.

Un secteur de la construction en plein essor malgré les risques de change

Malgré les contraintes budgétaires, le secteur de la construction au Cameroun est en pleine expansion. Il a connu une croissance de 4,8 % en termes réels en 2025, et les prévisions tablent sur une croissance annuelle de 5,7 % jusqu’en 2029. Le budget de l’État pour 2025 a alloué 1 400 milliards de francs CFA (2,3 milliards de dollars) aux infrastructures, soit une augmentation de 21,2 % par rapport à 2024.

Cependant, les entreprises de construction doivent composer avec un important risque de change. Avec 68,5 % de la dette publique libellée en devises étrangères et 40 % effectivement exposée aux fluctuations des taux de change, la maîtrise des coûts et la couverture du risque de change sont devenues des compétences essentielles pour les entreprises de construction travaillant sur des marchés publics.

Politique du logement : L’ambition des 10 000 unités

En matière de logement, la Société immobilière du Cameroun (SIC) a lancé un ambitieux programme triennal (2024-2026) visant à construire 2 554 logements à Maroua, Garoua, Yaoundé et Sangmelima. Ce programme s’inscrit dans le cadre plus large de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui cible 10 000 logements sociaux et 40 000 parcelles viabilisées.

Point essentiel, la SIC intègre les exigences d’urbanisation écologique et inclusive à ces projets, notamment l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite – une évolution majeure des normes de construction. L’entreprise a récemment reçu le prix du « Meilleur projet de développement » lors du Salon de l’action gouvernementale 2025, témoignant d’une crédibilité institutionnelle renouvelée.

Pour les promoteurs privés, le message est clair : durabilité et accessibilité deviennent des impératifs dans les projets menés en partenariat avec l’État.

Évolution réglementaire : Codes de la construction et gouvernance urbaine

Le cadre réglementaire de la construction au Cameroun se durcit. Une loi de 2022 protégeant le réseau routier a conféré au Fonds routier des pouvoirs accrus en matière de planification de l’entretien. Parallèlement, les lois d’urbanisme et de construction imposent désormais des protocoles stricts pour l’obtention des permis de construire, la police municipale effectuant des inspections quotidiennes des chantiers afin de vérifier la régularité des permis et la conformité des constructions.

La réforme de l’urbanisme 2024-2026 du gouvernement, soutenue par Expertise France, promet de nouveaux cadres normatifs pour la politique du logement et l’aménagement du territoire. Pour les entreprises de construction, cela signifie anticiper des normes environnementales plus strictes, des exigences de sécurité renforcées et des procédures d’autorisation plus rigoureuses, notamment dans les centres urbains comme Douala et Yaoundé où la « régulation sociale » de la construction est de plus en plus formalisée.

Le point de vue d’ELECTCAM

Pour ELECTCAM, ces changements de politique confortent notre modèle de construction intégrée. Alors que le gouvernement privilégie l’entretien des routes à la construction de nouvelles routes et exige des normes plus élevées pour le logement,